Entretien avec Jean Philippe Bertaux, CEO de KR Media France (GroupM/WPP)

Jean-Philippe, qu’est-ce qui t’a poussé vers les medias ?

Je suis arrivé dans la publicité par un pur hasard. Il fallait que je fasse un stage de 3 mois et j’ai vu ce stage en agence de publicité, j’ai pensé que ça pourrait être amusant. Sauf que ce n’était pas du tout une agence de pub, j’ai atterri dans le département media d’une agence de pub. Nuance ! Je pensais que j’allais faire des créas et finalement j’ai fait des GRP, des calendriers media… plein de trucs bizarres. Pour être honnête, je ne suis pas tombé amoureux du métier tout de suite.

L’expérience ne t’a pas plu ?

J’avais 20 ans, je ne savais pas trop ce que j’avais envie de faire et je me suis retrouvé dans un bureau, assis derrière un ordinateur (ce qui était assez moderne à l’époque !), à faire des tableaux de chiffres. C’était pas ça la pub pour moi, ça manquait un peu de rigolade. Mais j’ai fait de très belles rencontres, des gens qui m’ont fait comprendre que le métier n’était pas aussi sordide que je le pensais. Je devais rester 3 mois et je suis resté un an.

Ces belles rencontres, tu les croises toujours ?

Bien sûr. Il y a notamment trois personnes, Patrick Ballarin, aujourd’hui Directeur de Digitime chez Mediamétrie, Christine Pouquet, Directrice des achats chez Renault et Suzanne Gilbert anciennement Directrice des Médias du groupe L’Oréal. Ils m’ont pris sous leur coupe il y a maintenant 25 ans et m’ont suivi de loin tout au long de ma vie professionnelle. Ce sont des personnes extrêmement brillantes et dont je me souviendrai longtemps car elles ont marqué ma vie professionnelle. Il y en a eu d’autres bien sûr, je crois fondamentalement qu’une vie professionnelle doit être faite de rencontres, qu’elles soient fortuites comme celles dont je viens de parler ou arrangées. On peut aussi s’arranger pour faire de jolies rencontres.

Aujourd’hui tu es à la tête de KR Media, est-ce que tu te dis que tu peux encore faire des rencontres qui peuvent t’emmener autre part ?

Je n’espère que ça. Ma vie professionnelle ne m’intéresse que si, à un moment donné, je suis surpris par quelqu’un. Que ce soit au-dessus ou en-dessous de moi dans la hiérarchie, je ne rêve que d’une chose, c’est qu’on me surprenne.

D’ailleurs comment ça se passe avec l’équipe que tu diriges aujourd’hui ?

Nous sommes dans un métier de service. Ca signifie qu’il est capital de mettre l’humain au cœur du business. Toutes les agences ont les mêmes outils, des technologies équivalentes et l’accès aux mêmes études, donc le seul moyen de se différencier, ce sont les process et l’humain. J’ai toujours été très vigilant dans le recrutement des nouveaux collaborateurs. A l’époque où je m’en occupais directement, je testais les nouvelles recrues : je voulais voir ce qu’elles avaient dans le ventre !

Comment par exemple ?

Ce qui m’intéresse, c’est leur capacité de résistance. Pas la résistance au stress mais la capacité de résistance à la contre-argumentation. Quelle que soit leur fonction, opérationnel ou décisionnaire, je veux des gens qui aient des partis pris, des convictions, et qui sachent les défendre. A l’époque, il y avait un exercice de bizutage que j’aimais beaucoup donner aux nouveaux collaborateurs : je leur faisais vendre l’invendable à un client, qui était généralement de connivence. Je reconnais que ça peut paraître tordu mais c’est un bon moyen de se rendre compte de la capacité d’une personne à utiliser des arguments, à se dire « je ne suis pas à l’aise mais tant pis je dois le faire quand même ». Ceux qui réussissent le mieux dans nos métiers sont ceux qui sont capables de convaincre même sur les dossiers les plus difficiles. Quelque part, trop de culot me dérange moins que pas du tout. Mais aujourd’hui c’est plus difficile de faire ça avec la jeune génération. Ils sont joueurs, mais pas du tout de la même façon.

Quel conseil aimerais-tu donner à cette jeune génération ?

Si j’ai un conseil, c’est de ne surtout pas en donner ! Enfin si, je dirais « osez et soyez patients ». « Osez » parce que c’est important de savoir casser les codes et « patience » parce qu’une carrière ça se construit sur le long terme. Certains ont une vision très court-termiste et grillent toutes leurs opportunités d’apprendre et de grandir parce qu’ils veulent trop, trop vite. Chez les gens qui réussissent, on sent l’envie d’apprendre, ils présentent d’ailleurs tous la même qualité : l’écoute. Ils apprennent des autres, ce sont de vraies éponges. Si j’ai un conseil à donner, c’est celui-là : soyez des éponges !

Autre sujet : qu’apporte l’arrivée de Keyade dans le groupe pour KR Media ?

Sur le marché, KR Media a la réputation d’être une équipe d’experts et Keyade aussi présente cette image d’expertise. Ça m’a plu quand on m’a dit qu’on allait s’associer avec vous, parce que quelque part on partage les mêmes gènes. Quand je vois les patrons de Keyade… je les aime beaucoup, on n’est pas toujours d’accord mais c’est des mecs brillants. Je suis content de les voir parce qu’ils m’apprennent des trucs. KR, c’est le petit canard un peu indépendant du groupe, qui n’a pas de réseau. Keyade c’est pareil, donc il y a une proximité intellectuelle. Et puis ils sont un peu provoc et moi aussi, on s’est retrouvés.

Nos deux agences ont des annonceurs communs, auprès desquels il est intéressant d’utiliser nos expertises respectives pour améliorer notre offre. Je pense que Keyade va permettre au groupe de s’améliorer sur l’offre digitale, sur laquelle nous étions moins bien perçus.

En dehors de la vie professionnelle, un élément qui nous surprendrait ?

J’ai une passion pour la Bretagne, et je suis un contemplatif. Dans la nature, je me pose sur un banc et je regarde. Je suis un hyperactif, très speed, mais j’ai cette capacité et ce besoin à un moment de pouvoir m’asseoir sur une chaise et ne rien faire. Juste regarder. Et il ne se passe rien. C’est pas une activité mais ça me prend parfois. J’ai aussi une passion pour la marche. Je marche beaucoup et ça participe à la contemplation. C’est-à-dire que quand je marche, je m’arrête, je marche, je m’arrête… Seul. Avant de retrouver les autres.

Si Jean Philippe avait dû inventer quelque chose :
«  Facebook. Parce que j’aime le côté spontané et que j’ai horreur du téléphone. »

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